Mayura
Mayura est une jeune fille du centre Abilasha. Elle y vient depuis deux ans environ et a 21 ans. Elle est atteinte du syndrome de Down, ou trisomie 21. J'avais envie de parler d'elle parce que c'est une personne incroyablement touchante.
Mayura arrive généralement plus tard que les autres enfants. Lorsqu'elle se présente à la porte du centre, tous se retournent et lui souhaitent la bienvenue. Tout le monde est content de la voir. Elle semble également heureuse d'être présente, même s'il est très difficile de percevoir ses sentiments. En effet, autour de l'âge de 15 ans, Mayura a fait une dépression après laquelle elle a beaucoup changé. Si auparavant, elle parlait sans trop de difficultés et communiquait avec aisance, aujourd'hui, il est extrêmement rare de l'entendre formuler des phrases. Pourtant elle parle : toute seule ou à côté des autres, elle a régulièrement des sortes d'impulsions au cours desquelles elle élève la voix et la main pour murmurer des mots plus ou moins faciles à comprendre. On ne sait pas si elle nous parle, ou bien si elle se parle à elle-même ou à des "voix". Parfois, elle semble réagir aux sons de l'environnement extérieur, mais la plupart du temps ses "interjections" ne semblent par liées à ce qui se passe autour. Par ailleurs, après sa dépression, Mayura n'a pas prononcé un m
ot pendant un an... On a ainsi l'idée qu'elle a pu être traumatisée par quelque chose qu'encore aujourd'hui sa mère ne comprend pas.
Mais tout ça, ce n'est pas ce que l'on retient de Mayura. Ce dont on a envie de se souvenir, c'est de son contact incroyable : elle aime toucher, elle aime sentir la matière des objets ou la peau des gens... Ainsi, même si elle a l'air d'être dans son monde et qu'on a du mal à parler avec elle, lorsqu'elle nous prend la main et nous tripote les doigts, on sent qu'elle est là, très présente. Je pense que c'est la raison pour laquelle tous les enfants sont attachés à elle : on a tout de suite envie de s'occuper d'elle.
Sa mère nous raconte que le week-end dernier, alors qu'il s'est mis à
pleuvoir, elle a doucement tendu la main à l'extérieur pour avoir la
sensation de la pluie sur sa peau. Apparemment, ça a été pour elle un
moment d'extase.
Le mercredi, jour du cours de danse, je passe une heure assise à ses côtés, lui donnant ma main pour qu'elle puisse s'amuser. C'est plus ou moins au rythme de la musique qu'elle se met ainsi à frapper dans ma main et à jouer avec mes doigts.
En ce qui concerne les ateliers, elle participe comme les autres enfants. Je lui fait peindre des Dihas, sorte de bougeoirs que l'on prépare pour la fête des lumières en octobre. Elle peint avec hésitation, mais elle peint, balançant doucement sa main au-dessus du moule en terre cuite et déposant de légères touches de couleur sur la surface à décorer. Je fais les retouches, mais reste quelque part très fière qu'elle soit capable de réaliser une partie du travail...
Il faut lui apporter une attention constante et passer beaucoup de temps à la stimuler. Mais voir parfois son sourire ou sentir qu'elle nous serre la main très fort est suffisant.












